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"Souvenirs de la Cour d'assises"

Melun, le 1er juillet 2020.


Il est 2h47 quand le numéro du greffe de la Cour d’assises s’affiche sur mon téléphone. Mon Confrère Moad Nefati et moi-même attendions cet appel depuis la veille. Par ces quelques mots, d’une simplicité confondante – « Maître, nous allons reprendre » – nous apprenons que la Cour d’assises de Melun statuant en appel va rendre son verdict dans un instant.


Quelques minutes plus tard, nous sommes assis sur les bancs de la défense que nous occupons depuis maintenant 8 jours. L’audience criminelle dense, passionnante, et houleuse, s’était achevée par quatre heures de plaidoiries pour la défense.


La sonnette retentit tandis que les jurés regagnent leurs places. Ces regards que nous finissons par connaître, à force d’y avoir cherché des heures durant, la marque d’une approbation, nous semblent fatigués.


Nous le sommes aussi.


Le silence se fait, assourdissant.


L’accusé n’est pas encore là, laissant un box vide. Tandis que l’appréhension se dispute à la fatigue, le cliquetis lointain des menottes annonce son arrivée.


Nous échangeons quelques mots, futiles il est vrai, avant que la Présidente ne lise le verdict.


La peine de l’accusé est réduite de cinq ans par rapport au verdict de première instance. Elle est également inférieure de cinq ans à celle requise par l’Avocat Général.


Cinq ans. C’est dérisoire. Et c’est immense.


En quittant le tribunal, il n’est pas encore 4 heures. Nous avons la conviction que la Cour a souhaité donner une chance à l’accusé de se reconstruire, d’envisager l’avenir. Elle a sanctionné les faits graves qu’elle avait à juger, tout en personnalisant la peine comme la loi le lui impose. Elle a tenu compte de la douleur d’une famille éplorée, en veillant à ne pas en sacrifier une seconde, dans un abyme de tristesse.


C’est là la grandeur de la Cour d’assises.


Puisqu’un juge habitué est un juge mort pour la justice, selon les mots célèbres de Charles Péguy, le jury populaire est une garantie précieuse. Ces « juges d’un jour » apportent un regard neuf et méticuleux sur la personnalité de l’accusé.


A nous, avocats, ainsi qu’à l’œuvre de justice dans son entier, ils sont plus que jamais indispensables.



Rachid Madid

Avocat Associé, Friedland AARPI


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